• Tu es un des rares prestataires indépendants en France à proposer des services d'automatisation « sur mesure » autour de la Creative Suite et de la publication en général. Pourquoi « sur mesure » ?

Loïc Aigon : Certains de mes clients ont des besoins très ponctuels, d'autres des objectifs très globaux. J'interviens généralement partout où les contraintes de délai et de fiabilité sont critiques. L'automatisation est une science extrêmement modulaire. Elle est souvent associée à rapidité, mais ce n'est pas son seul atout : elle apporte aussi un niveau de fiabilité qu'aucun copier-coller ne pourrait garantir !

• Quelques exemples concrets parmi tes dernières missions ?

L. A. : Je viens de collaborer avec Mitsubishi Electric France pour leur permettre d'accélérer et de sécuriser la production des tableaux de leurs catalogues 2013. Je travaille aussi avec un éditeur qui me demande de mettre en place une solution d'injection de données dans InDesign, depuis une base de données connectée en temps réel. L'idée est de réduire à minima le retraitement en aval tout en offrant un haut niveau de réactivité.

J'interviens aussi sur le déploiement d'une solution impliquant une communication aller-retour entre des opérateurs InDesign et une application Web connectée à InDesign Server. Une extension permet aux graphistes de préparer et de transmettre leurs fichiers au serveur. L'application Web peut solliciter InDesign Server pour modifier ces fichiers et générer in fine des PDF haute définition pour l'impression…

• Es-tu également sollicité comme consultant ?

L. A. : Oui, je fais par exemple du conseil pour des grandes entreprises comme Lectra ou Electrolux. Elles ont leurs projets propres mais se heurtent parfois à des problématiques qui réclament des réponses pointues. Pour l'essentiel, mes missions tournent autour d'InDesign et InDesign Server, quelquefois Illustrator, plus rarement Photoshop ou Acrobat. Dans la majorité des cas, elles débouchent sur des scripts ou des extensions.

• En termes d'activité, de marché, de besoin exprimé, quel serait le portrait-robot des entreprises qui font appel à tes services ?

L. A. : Le profil est vraiment large : agences, sociétés d'édition, grandes entreprises, PME ou même indépendants. L'objectif commun est toujours de « produire mieux », qu'il s'agisse de développer un projet ponctuel ou une solution pérenne de production automatisée. Les cas sont très différents les uns des autres. Et j'adore cette diversité !

• Comment t'adaptes-tu à un cahier des charges préétabli ?

L. A. : Ma règle numéro un, c'est de ne jamais débarquer avec des solutions toutes prêtes. Quand je suis invité à analyser un contexte d'exécution existant, je prends d'abord un maximum de recul. Si une société me commande un script, par exemple, je m'interroge avant tout sur le besoin d'origine, son cadre exact, sa motivation. C'est une étape cruciale pour moi. Ensuite, je vais rechercher les solutions les plus adaptées à l'environnement de production. Mon maître-mot, c'est le sur-mesure.

Loïc Aigon en plein brainstorming ! (DR)

• Concrètement, mettons que je gère un workflow data › publication pour une société qui édite de gros catalogues de produits en 18 langues. Le système est rôdé depuis des années mais pas optimisé, ultra-contraignant et chronophage. Peux-tu intervenir ?

L. A. : Dans cette situation, j'analyserais d'abord les objectifs de production et les outils employés, puis j'essaierais de déterminer les points faibles en partant du global vers le local. La solution retenue est-elle toujours appropriée ? S'il s'agit de scripting, le code demande-t-il à être optimisé ? Certaines opérations peuvent-elles être éliminées ou traitées différemment. Exploite-on au mieux les technologies disponibles ? Selon ces paramètres, je pourrai suggérer de mieux préparer les éléments du flux, ou alors de reprendre le code existant, partiellement ou totalement, pour augmenter son efficacité et ses fonctionnalités. Dans le cas extrême — mais c'est plutôt rare — j'irai jusqu'à recommander de changer les outils ou la technologie elle-même !

• Pour ton client ce serait comme un saut dans le vide, non ?

L. A. : C'est pour cela que je parle de cas extrême ! Mon optique est de prendre en compte les usages et de trouver la solution la moins radicale possible. J'ai travaillé avec une société où tout était traité manuellement sous Illustrator. Tu sais comme moi que les possibilités d'automatisation de ce logiciel sont limitées. J'ai donc suggéré que la production soit déportée vers InDesign. Problème : ce logiciel leur était quasi inconnu. Il m'a donc fallu imaginer un process qui impliquerait un usage minimal d'InDesign tout en conservant un usage maximal d'Illustrator. Ce n'était pas simple, mais l'expérience montre que le premier obstacle à l'automatisation, c'est le frein psychologique du client. En minimisant le changement, on améliore la pénétration de l'outil automatisé.

• Suivi, maintenance, réactivité. Comment abordes-tu cette triple demande ?

L. A. : J'assure toujours une période de maintenance par principe. Mais de toute façon, je ne livre pas de solutions qui n'ait été longuement éprouvée. Du coup, il est assez rare que des clients reviennent ! Ce n'est pas que je revendique l'excellence par nature, c'est plutôt que je m'assure que le produit livré répond aux attentes. Sachant que « le diable est dans le détail », j'essaie surtout de bien cadrer le projet dès le départ. Plus il sera discuté, ausculté et préparé en amont, mieux le développement se déroulera. En fait, les difficultés résultent plutôt de demandes tardives, d'éléments à intégrer a posteriori. Et c'est là que l'instabilité risque de surgir…

• …Et justement, quelles garanties proposes-tu à tes clients en matière de débogage ?

L. A. : Le dispositif que je propose inclut la correction de bugs durant une période déterminée. Au delà, je facture le temps passé. Cela ne couvre évidemment pas les problèmes liés à des mises à jour matérielles ou logicielles côté client, car j'estime qu'un développement n'est garanti que dans un contexte donné. De même, un client qui triturerait mon code sans mon consentement verrait sa garantie annulée de fait. C'est à ses risques et périls ! (Tu te rappelles les discussions que nous avons eues à ce sujet. Les conditions générales qui accompagnent chacun de mes devis en sont aujourd'hui le reflet.)

• Participes-tu à des projets orientés Web, Web2Print… ?

L. A. : De plus en plus, pour tout dire ! En fait, dès le début avec des sociétés comme Tweak ou RIP Consulting, mais d'une façon très indirecte. J'ai eu l'occasion d'approfondir le sujet avec PressRun (AppStudio), alors que je m'attaquais aux problématiques d'échange de fichiers entre InDesign et un serveur Web. En ce moment même, je développe des scripts pour une solution de Web2Print en presse locale. C'est juste génial ! Tu es dans InDesign, tu demandes un export et en quelques instants le visuel est accessible dans une interface Web. Cette transversalité de technologies, c'est vraiment mon dada.

On m'a aussi sollicité pour participer à un projet qui devrait faire grand bruit dans les prochains mois. Tu le connais, c'est toi qui m'a présenté ses responsables. (D'ailleurs, je profite de cet aparté pour te redire mon amitié alors que d'autres dans notre cas se seraient jeté des bananes…)

• Mais ta polyvalence doit bien avoir des limites, quand même !

L. A. : Je ne fais aucun développement Web. J'ai essayé par le passé mais ça ne m'a jamais pénétré. En même temps, il fut un temps où je jurais de ne jamais écrire une ligne de code, et voilà où j'en suis ! Alors demain, j'irai sans doute vers ces technologies, sans prétention, juste pour mieux les appréhender. Pour l'heure, je serais incapable de mettre en place une base de données et de l'administrer, alors que c'est souvent une attente ou l'élément clé d'une solution. Généralement, quand une mission relève strictement du Web, je la confie à Richard Hordern de la société MonArobase, ou bien ce sont les développeurs de mes clients qui s'en chargent.

Cela dit, je suis d'un naturel curieux. Quand je sens que je peux avoir besoin d'une technologie que je ne maîtrise pas, j'essaie de ne pas rester ignorant trop longtemps…

« Les demandes en extensions étaient marginales il y a encore deux ans. Aujourd'hui, elles sont au cœur de mes travaux. »

• Quelques mots sur tes outils de travail ?

L. A. : Lorsque j'ai découvert PatchPanel à l'époque de la CS4 (autrement dit la possibilité d'intégrer des panneaux Flash dans des scripts Adobe), j'en suis tombé raide dingue. Ironiquement, je n'avais jamais travaillé avec Flash Pro et, du reste, je ne l'utilise toujours pas. Mais avec Flash Builder, je pouvais concevoir des interfaces hyper élaborées en un rien de temps. C'est sans doute mon côté graphiste qui a trouvé un écho plus naturel à mettre au point des interfaces avec cette IDE. J'adore cette technologie parce qu'elle permet de faire des trucs de dingue. Les demandes en extensions étaient marginales il y a encore deux ans. Aujourd'hui, elles sont au cœur de mes travaux. Je passe les trois quarts de mon temps sur Flash Builder, ou plutôt ExtensionBuilder, un outil fantastique. Mais j'arrête mon laïus, je sais que je ne te convaincrai jamais de lâcher ScriptUI :)

Parallèlement, je fais énormément de développements JavaScript (ou, devrais-je dire, ExtendScript), plus rarement de l'Applescript mais c'est anecdotique. L'autre IDE que j'utilise est ExtendScript ToolKit (ESTK). Je sais que cet outil est peu apprécié mais il me va très bien à titre personnel.

• Qui sont tes collaborateurs ?

L. A. : Sur certains projets demandant des réflexions avancées d'algorithmes, je fais appel à un guru du langage JavaScript en la personne de Marc Autret. Je le laisse s'éclater avec ses « optimisations optimisées » et sa chasse au gaspi :D Plus sérieusement, je trouve qu'on forme une bonne équipe sur certains projets. Le projet Pentair par exemple, pour NovaLab, je ne crois pas qu'on aurait pu le maîtriser autrement qu'ensemble.

Je travaille aussi avec Christian Brugeron, un autre expert plus orienté ePub, XML, PDF et C++. L'année dernière, j'ai fait une fort sympathique rencontre avec Christian Blaise, expert Enfocus. Depuis, j'aimerais vraiment qu'on collabore sur des projets, mais pour l'instant l'occasion ne s'est pas présentée. Enfin, je suis depuis peu en partenariat avec un cabinet conseil dans l'industrie de la mode qui va me permettre de travailler pour de grandes marques.

Naturellement, ma dynamique est d'étendre ce réseau.

• Cette interview m'a emballé et je veux absolument convaincre mon N + 1 de travailler avec toi. Quelques conseils pratiques avant de te solliciter ?

L. A. : Le plus important, c'est de ne pas hésiter à me contacter. Je suis toujours à l'écoute. Dans tous les cas, un bon réflexe : donner un maximum de détails, fichiers, exemples, tout ce qui peut aider à la compréhension du problème. Souvent, la discussion à bâtons rompus se chargera d'introduire de nouvelles pistes. En tout cas, je réponds toujours. Et si mes activités m'empêchent de donner suite, je ne manque pas d'aiguiller mes interlocuteurs vers d'autres spécialistes.

Au fond, on n'a qu'une ambition : vous convaincre des bienfaits de l'automatisation.

Propos recueillis par Marc Autret

• Pour aller plus loin : http://loicaigon.com

• Voir aussi : Loïc Aigon sur AdobeTV